Nous sommes partis de Ouaga en direction de Fada mais avons finalement décidé de bifurquer à Koupéla à cause des coupeurs de route qui sévissent dans la région de Fada.
De Koupéla, passé Tenkodogo, berceau de l'empire Mossi (ethnie majoritaire du Burkina rassemblant la moitié de la population), nous avons pris la route pour Bagré. Bagré est un gros village accueillant le plus gros barrage du Burkina qui se trouve sur la volta blanche.
Nous y avons mangé un silure énorme de presque 2kg cuisiné par le pêcheur lui-même dans du papier gras... un délice! Nuit au bord de la volta qui est si large qu'elle ressemble à un lac. Baignade et lessive sur le fleuve avec pour paysage le ballet des pirogues des pêcheurs, des femmes faisant leur lessive et des enfants menant les ânes chercher de l'eau. De l'autre côté du barrage, le fleuve reprend des proportions normales et permet l'irrigation de nombreux champs.
Coassements des grenouilles et chants des oiseaux le long d'une piste bordée d'eucalyptus. Puis le fleuve s'éloigne et le paysage se fait plus aride et la piste plus étroite.
Heureusement nous faisons la route avec un vendeur de boissons fraiches que nous surnommons notre "frigo ambulant". Ils sont légion ces garçons qui sillonnent la brousse à vélo avec leur glacière sur le porte-baggage pour vendre des boissons dans des sachets sur les marchés et le long des routes. Ils peuvent même parcourir plus de 50km chaque jour avec leur lourd fardeau et leur vélo monovitesse.
Au fil des jours suivants, le paysage devient plus vert et nous traversons de nombreuses forêts. Peu de bitume sur les routes du sud ... et c'est tant mieux car les villages sont plus accueillants et la circulation presque inexistante. Nous n'arrivons plus à apprendre les langues locales car nous changeons parfois d'ethnie plusieurs fois par jour! Pays gourounsi, gan, lobi, dagara... Nous dormons la plupart du temps chez l'habitant, agriculteur ou instituteur. Il nous est de plus en plus difficile de partir tôt le matin car chacun rivalise pour nous retenir et ils sont plutôt doués en la matière. Par exemple, en pays Dagara, à Navielgane, Hibier Da nous a emmenés à 7h du matin saluer le chef du village où nous avons commencé par boire chacun un litre de dolo, de la bière de mil. Ensuite petit-déjeuner, visite du village, passage à l'église, ballade dans la campagne, déjeuner et finalement petit marché où nous avons encore bu un litre de dolo chacun. En fait de marché où nous comptions trouver des fruits et des légumes, çà ressemblait à une grande cafétéria en plein air, au pied d'un arbre gigantesque. Dolo mais aussi spécialités locales telles que des galettes de farine de haricots cuites dans des feuilles de baobab ou dans l'huile de karité, viande, riz...
Finalement nous sommes partis à 15h00 ce jour là! Les instituteurs sont également très forts pour nous retenir. La dernière fois à Banogo, les élèves ont demandé à l'institutrice de nous empêcher de partir, donc nous avons fait un cours de camping au milieu de la cour de l'école : montage de tente, dépliage des matelas gonflables et des sacs de couchage, explication de nos vélos et de notre itinéraire. Finalement ils ont eu droit à de l'orthographe, des maths et de la géographie en s'amusant.
Les instituteurs que nous rencontrons sont surtout avides de discussion et nous passons de longues heures le soir et au moment de la sieste à échanger des idées. Ce sont aussi d'excellents conteurs et traducteurs quand nous rencontrons les anciens du village. Moi qui adore l'histoire et les contes africains, je suis aux anges! Au fait, plusieurs écoles primaires et une classe de sixième nous ont demandé de leur chercher des correspondants français donc si des professeurs sont intéressés ils peuvent me contacter par mail (correspondance de classe à classe uniquement à cause du coût du timbre).
Je vais finir cette lettre par un petit coup de gueule. Tout d'abord, nous croisons de nombreux 4X4 d'ONG flambant neuf sur les routes... goudronnées uniquement! Sur les pistes ils sont introuvables et surtout plusieurs villages nous ont dit ne les avoir jamais vus. Si quelqu'un a une réponse à cette question, je suis preneuse. De plus, les chiffres annonce un taux de prévalence du VIH fortement en baisse alors que de nombreux villages n'ont pas encore d'information à ce sujet ni de centre de dépistage. Ensuite, je voulais juste vous dire que la route goudronnée menant à Pô depuis Ouaga fait un coude sur plusieurs km dans la brousse, ainsi que l'électricité et le téléphone... pour atterir devant la résidence secondaire de Blaise Compaoré, le président du pays.
Nous comprenons pourquoi certains jeunes de Tiébélé, gros village à quelques km de là, non desservi par le goudron, soient vindicatifs. Enfin pour finir, nous avons appris que ce brave président avait fait une campagne à l'américaine... largage de T-shirt à son effigie par avion, distribution de pagnes à son effigie également. Nous avons enfin compris pourquoi un burkinabé sur 2 portait un T-shirt au couleur de leur président! Bref, voici quelques considérations en vrac.
Je vous laisse pour cette fois, nous repartons demain en direction de Bobo puis en route vers le Mali et le pays dogon qui nous réserve encore de belles surprises.
Au fait, plein de nouvelles photos ont été mises en ligne... |